Des plans de Paris, ses faubourgs et ses environs au XVIIIème siècle,
celui de Roussel, daté de 1731, paraît le plus détaillé pour imaginer l’itinéraire emprunté par Rousseau ce 24 octobre 1776.
Après avoir dîné, Rousseau suit les boulevards jusqu’à la rue du Chemin-Vert. Il dépasse peu avant l’actuelle rue Saint-Maur, la barrière de l’octroi qui délimitait la frontière fiscale entre Paris et sa banlieue, cela peu avant la construction de l’enceinte des fermiers généraux (1787) qui se situera ici au niveau du boulevard de Ménilmontant.
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En l’absence de l’avenue Gambetta (1862), Rousseau doit emprunter pour gagner les hauteurs de Ménilmontant l’actuelle rue des Amandiers qui, comme on le voit sur le plan, suivait naturellement le tracé de l’actuelle rue du Chemin Vert. La rue des Amandiers débutait rue de Popincourt et se terminait au début de l’actuelle rue des Amandiers (alors rue des Carrières).
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Le trajet aller présumé est indiqué ici en vert,
le trajet retour en rouge.

Arrivé rue de Ménilmontant, Rousseau gravit la pente, évite probablement l’actuelle rue Boyer qui venait buter sur la rue Villiers de l’Isle Adam et prend sans doute le deuxième chemin à droite : la rue du Retrait (du nom d’un ancien vignoble « ratrait » nous dit la plaque de la rue). Il a le temps d’admirer la façade du Pavillon Carré de Beaudoin, construite environ 6 années plus tôt.
Le plan de Roussel montre bien que l’actuelle rue du Retrait se continuait alors par les actuelles rue du Cambodge (avant l’ouverture de la rue des Pyrénées - 1862), rue du Cher, et se poursuivait par la rue de la Cour des Noues (pour la partie située entre la rue du Cher et la rue de la Chine) avant de rejoindre la rue de la Chine.
C’est plus clair avec les plans....
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Le trajet aller présumé est indiqué ici en vert,
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Pourquoi cet itinéraire ?
Rousseau nous dit « gagner les hauteurs de Ménilmontant ». Le village-rue de Ménilmontant, hameau de Belleville, est alors situé entre les rues Boyer et Pelleport. Le centre du hameau se trouve alors au carrefour que forment les actuelles rues de la Chine et Pixérécourt avec la rue de Ménilmontant.
Pourquoi n’a-t-il pas plutôt continué la rue de Ménilmontant, évité la rue du Retrait et tourné à droite dans la rue de la Chine ?
Rousseau a 64 ans cette année là, il meurt moins de deux années plus tard. On peut imaginer qu’il commence à être un peu fatigué, surtout s’il est parti de chez lui, 2 rue Plâtrière (actuellement 52 rue JJ Rousseau, dans le quartier Saint-Eustache). Comme il nous dit par la suite avoir effectué un détour pour son trajet-retour, on peut imaginer qu’il a dès l’aller emprunté cet itinéraire.
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Pourquoi ne se serait-il pas promené dans les prairies et dans les vignes ?
Cela semble peu probable quand on sait qu’elles étaient surveillées par les « Messiers », véritables gardiens de ces espaces horticoles et vinicoles, bénévoles malgré eux, choisis chaque année parmi la population et qui devaient protéger fruits et légumes de la convoitise des maraudeurs. Leur mission se terminait à la fin des vendanges mais comme il restait souvent des légumes en terre à cette période, une garde supplémentaire était organisée et maintenue jusqu’à la fin novembre.
« Prenant les sentiers à travers les vignes et les prairies »
Les vignes sont représentées sur le plan de Roussel par des piquets un peu sous la forme de tttttt, les prairies par de petits points réguliers et enclos ………
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« Je traversai jusqu’à Charonne le riant paysage qui sépare ces deux villages ».
La limite administrative Sud-Nord des villages de Belleville (comprenant le hameau de Ménilmontant) et de Charonne semble avoir, jusqu’à l’annexion de ces deux communes à Paris en 1860, été grosso modo délimitée par l’actuelle rue Villiers de l’Isle Adam pour le périmètre qui nous intéresse.
« Puis je fis un détour pour revenir par les mêmes prairies en prenant un autre chemin »
Si Rousseau nous précise avoir fait un détour, c’est qu’il n’a pas emprunté le chemin le plus court pour rentrer, et s’il est revenu par les mêmes prairies, c’est qu’il a dû emprunter un chemin similaire, voire parallèle, au premier.
Pour le détour nous imaginons qu’il a pris, non plus la rue des Prairies, mais le début de la rue Pelleport ; pour le chemin similaire et parallèle nous pensons qu’arrivé à la fourche formée par la rue de la Cour des Noues et de la rue de la Chine, il a pris cette dernière pour remonter vers Ménilmontant...
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Il nous dit plus loin dans le texte de la Deuxième promenade : «
J'étais sur les six heures à la descente de Ménilmontant presque vis-à-vis du Galant Jardinier quand, des personnes qui marchaient devant moi s'étant tout à coup brusquement écartées, je vis fondre sur moi un gros chien danois qui, s'élançant à toutes jambes devant un carrosse, n'eut pas même le temps de retenir sa course ou de se détourner quand il m'aperçut ».
Rousseau redescend donc la rue de Ménilmontant et se trouve vers six heures presque vis-à-vis du «
Galant Jardinier ». On peut penser que le
Galant Jardinier ait été un de ces cabarets, si nombreux à l’époque, dont le nom provient peut être d’une pièce de théâtre d’un certain Dancourt (1704) dont le titre évoque d’agrestes idylles (
voir ici).
"
Je demandai où j'étais, on me dit à la Haute-Borne, c'était comme si l'on m'eût dit au mont Atlas "
Le lieu dit La Haute-Borne, que l’on repère sur
le plan de Roussel comme sur celui plus tardif de
Jaillot, se trouvait à l’angle des actuelles rue Oberkampf et Saint-Maur.
Rousseau reprend ses esprits à cet endroit. Le chien danois dont il est question et qui a provoqué l’accident est celui du Comte Louis Pelletier de Saint-Fargeau, dont l’immense propriété avait son entrée principale à l’angle actuelle des rues de Ménilmontant/Saint-Fargeau avec la rue Pelleport.
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Par Denis G.